« C'est un métier en pénurie, donc l'obtention du permis sera une simple formalité. »
Cette phrase est à l'origine de nombreux échecs dans les demandes de permis de travail. Elle repose sur une hypothèse logique : celle que la Belgique dispose d'une liste de métiers en pénurie et que figurer sur cette liste garantit un traitement uniforme. Or, aucune de ces deux affirmations n'est vraie.
La Belgique possède plusieurs listes, publiées par des organismes différents et répondant à des objectifs distincts.
Il n'existe pas de liste unique des métiers en pénurie en Belgique
La politique de l'emploi étant régionale, les listes de métiers en pénurie le sont également.
La Flandre utilise la liste du VDAB. La Wallonie et la Région de Bruxelles-Capitale publient leurs propres équivalents via leurs services régionaux pour l'emploi. Une fonction peut être reconnue comme métier en pénurie dans une région et ne pas l'être dans une autre, pour un même poste et une même description de fonction.
Pour un employeur recrutant à travers la Belgique, ce n'est pas un détail. Cela signifie que la réponse dépend du lieu où la personne travaillera principalement.
Qu'est-ce que la liste du VDAB et à quoi sert-elle ?
La liste des métiers en pénurie du VDAB recense 227 professions pour 2026.
Elle repose sur deux piliers : une analyse quantitative des données du VDAB sur les offres et les demandeurs d'emploi, et une enquête qualitative auprès d'experts du VDAB et d'organisations sectorielles. Il ne s'agit donc ni d'un simple décompte de postes vacants, ni d'une simple opinion.
Une mise en garde est importante cette année. Le VDAB a profondément remanié la structure des métiers derrière cette liste, ce qui signifie que la liste 2026 ne peut être comparée directement aux années précédentes. Quiconque affirme que les pénuries ont augmenté ou diminué en se basant sur la longueur de la liste compare deux choses différentes.
Cette liste sert à orienter et à former : elle détermine quels programmes de reconversion sont prioritaires, où les incitants sont dirigés et vers quels métiers les demandeurs d'emploi sont orientés. C'est un instrument du marché du travail.
La liste pour la migration est une liste différente, et beaucoup plus courte
C'est cette distinction qui coûte des permis.
Pour la migration économique en Flandre, ce qui compte est la liste ministérielle des métiers en pénurie moyennement qualifiés, et non la liste du VDAB. Ce sont deux instruments distincts. Figurer sur la liste du VDAB ne signifie pas figurer sur la liste pour la migration.
Depuis le 1er janvier 2026, cette liste de métiers en pénurie a été réduite à une vingtaine de professions, soit une baisse de plus d'un tiers. Des métiers courants comme les chauffeurs de bus et de camion, les boulangers et les bouchers en ont été retirés au profit de métiers spécialisés. Figurer sur cette liste dispense de l'obligation de réaliser un test du marché du travail pour les postes moyennement qualifiés, ce qui représente environ cinq semaines de publication obligatoire de l'offre d'emploi.
La règle pratique : consultez la liste des métiers en pénurie pour l'immigration, et non la liste des métiers en pénurie générale, avant de présumer d'une procédure de permis. La procédure complète se trouve ici : comment recruter un professionnel de la tech hors UE en Belgique.
Où se situe réellement l'informatique
Sur les listes du marché du travail, confortablement. Sur la liste pour l'immigration, la plupart du temps non, et pour une raison précise.
La liste des métiers en pénurie pour l'immigration concerne les postes moyennement qualifiés. La plupart des rôles informatiques que les entreprises belges peinent à pourvoir (développeurs, analystes, architectes, ingénieurs) sont considérés comme hautement qualifiés, ce qui relève d'une procédure totalement différente. Celle-ci repose sur un seuil salarial et sur la qualification réelle du poste, et non sur l'inscription à une liste.
Ainsi, pour un recrutement tech classique, la liste des métiers en pénurie est généralement sans objet, ce qui est une bonne nouvelle : la procédure pour les travailleurs hautement qualifiés ne nécessite pas non plus de test du marché du travail.
Le seul sous-marché où les chiffres sont sans équivoque
La cybersécurité, où la pénurie se manifeste par le taux de vacance plutôt que par une liste.
L'analyse d'Agoria de février 2025 situait le taux de vacance en cybersécurité à 12,4 %, contre 5,3 % pour l'ensemble du secteur informatique et 3,9 % pour l'ensemble de l'économie, avec environ 4 000 postes vacants en cybersécurité impossibles à pourvoir (source : Agoria).
Un taux de vacance plus de deux fois supérieur à la moyenne du secteur informatique est un indicateur plus utile que n'importe quelle liste, car il mesure la réalité du terrain plutôt que la reconnaissance officielle. Nous avons analysé les facteurs de cette situation ici : NIS2 et le recrutement en cybersécurité en Belgique.
Pénurie ne signifie pas facilité d'embauche
Il est important de le dire clairement, car ces listes sont souvent perçues comme une promesse.
Un métier en pénurie signifie que les employeurs peinent à pourvoir le poste. Cela ne veut pas dire qu'ils abaissent leurs exigences, et dans les domaines techniques, c'est rarement le cas. Ce qui se passe réellement sur un marché en tension, c'est que les processus de recrutement s'accélèrent et que les conditions salariales s'améliorent pour ceux qui répondent aux critères, tandis que les autres candidats sont toujours refusés au même rythme qu'auparavant.
Si vous choisissez votre spécialisation, ces listes sont un bon indicateur de la demande durable. Elles ne garantissent pas un emploi, et une certification seule suffit rarement à franchir le cap de la sélection.
En bref
La Belgique dispose de listes régionales de métiers en pénurie, et non d'une liste nationale unique. En Flandre, deux listes sont souvent confondues : la liste des métiers en pénurie du VDAB, qui compte 227 professions et oriente la formation et l'accompagnement, et la liste ministérielle des métiers moyennement qualifiés, qui en compte une vingtaine et régit les permis de travail.
La plupart des postes en informatique figurent sur la première liste et non sur la seconde, car ils sont considérés comme hautement qualifiés et suivent une procédure de permis différente qui ne nécessite pas d'étude du marché du travail.
Un métier en pénurie témoigne des difficultés rencontrées par les employeurs, et non de la sélectivité du processus de recrutement. Si vous souhaitez savoir où se situe réellement votre profil sur le marché belge, commencez par consulter les postes ouverts ou notre hub technologique.